Comment analyser le test de l’arbre ?
Test de l’arbre : ce que mon dessin raconte de mon parcours d’autiste
Le test de l’arbre est un outil projectif souvent utilisé en psychologie pour explorer la façon dont une personne se perçoit, se sent dans le monde et se relie à son histoire. J’ai fait ce test récemment, j’ai dessiné un arbre grosso modo, puis j’ai demandé une analyse. Ce que j’en ai retiré m’a touchée bien plus que prévu.
Je précise une chose importante : avec mon aphantasie, dessiner est très compliqué pour moi. Je n’ai pas d’images mentales. Je ne vois pas l’arbre avant de le dessiner. En revanche, je perçois beaucoup de volumes, de densité, de profondeur. Mon dessin n’est pas esthétique au sens classique, mais il est profondément fidèle à ma façon de ressentir le monde.
Et finalement, ça en dit long sur mon fonctionnement autistique.
Le test de l’arbre : à quoi ça sert vraiment
Le test de l’arbre repose sur un principe simple : quand on dessine spontanément un arbre, on projette souvent quelque chose de soi.
Symboliquement :
Les racines représentent l’ancrage, le passé, l’histoire familiale, l’inconscient.
Le tronc représente le moi central, la solidité intérieure, la structure émotionnelle.
Les branches représentent la relation aux autres, l’ouverture au monde, l’expression.
Les feuilles et les fruits représentent la vitalité, les ressources, les réalisations, le plaisir de vivre.
Ce n’est pas un test scientifique au sens strict. Ce n’est pas un diagnostic. C’est un support de lecture symbolique, qui peut aider à mettre des mots sur des ressentis profonds.
Mon arbre : dessiné “vite fait”, mais pas au hasard
Je n’ai pas terminé mon dessin.
Dans l’idéal, j’aurais mis :
- beaucoup plus de feuilles
- des feuilles de différents verts
- encore plus de branches
- des racines plus nombreuses et plus visibles
- et même des cerises (que j’ai complètement zappées)
Mais même inachevé, ce dessin parle.
Chez moi, rien n’est vraiment léger ou simple. Tout est dense, ramifié, volumineux. C’est très cohérent avec mon fonctionnement autistique et mon aphantasie : je ne perçois pas le monde comme une image plate, mais comme un ensemble de volumes, de couches, de structures.
Mon arbre n’est pas décoratif.
Il est structurel.
Et ça me ressemble énormément.
Le tronc : une solidité construite dans la survie
Le tronc de mon arbre est large, dense, avec une impression de volume.
Il ne paraît pas fragile, mais il n’est pas lisse non plus.
Pour moi, ça symbolise très bien ce que j’ai été obligée de devenir : solide, résistante, fonctionnelle… souvent en mode survie, comme ma tortue Shéhérazade. J’ai grandi en devant tenir, m’adapter, encaisser, comprendre un monde qui ne fonctionnait pas selon ma neurologie.
Il n’y a pas de fissure apparente.
Mais il y a de la profondeur.
Comme chez beaucoup d’autistes : on a l’air solides, mais on porte énormément à l’intérieur.
Les branches : un désir de lien, malgré l’épuisement
Les branches partent dans plusieurs directions.
Elles sont nombreuses.
Et dans mon intention, il y en aurait eu encore plus.
Ça raconte quelque chose de très juste sur moi : malgré la fatigue sociale, malgré les incompréhensions, malgré les blessures relationnelles, il y a un désir de lien, de communication, de connexion.
Simplement, chez moi, la relation ne se fait pas naturellement.
Elle demande de l’énergie.
De la réflexion.
De l’ajustement constant.
Mes branches sont là.
Mais elles ont souvent été freinées, coupées, retenues.
Pas par manque d’envie.
Par épuisement et par protection.
Les feuilles : une vitalité qui revient doucement
Il y a peu de feuilles sur mon dessin, et elles sont vertes.
Dans ma tête, il y en aurait beaucoup plus, avec plusieurs nuances de vert.
Pour moi, c’est très parlant : ma vitalité est revenue tard.
Pendant longtemps, j’ai vécu en mode économie d’énergie, en mode survie, en mode camouflage.
La joie, la légèreté, la spontanéité n’étaient pas accessibles en permanence.
Aujourd’hui, les feuilles reviennent.
Pas d’un coup.
Pas en explosion.
Mais progressivement.
Et le fait que je les imagine de différentes couleurs de vert est important : mon monde émotionnel n’est pas simple. Il est nuancé, intense, changeant. Ce n’est pas “tout va bien” ou “tout va mal”. C’est beaucoup plus complexe que ça.
Les racines : un besoin d’ancrage encore en construction
Sur le dessin, les racines sont peu visibles.
Et pourtant, dans mon intention, elles auraient été plus nombreuses, plus profondes, plus présentes.
Ça résonne très fort avec mon vécu : j’ai longtemps eu l’impression de ne pas avoir d’ancrage solide, de ne pas savoir vraiment où était ma place, ni sur quoi je pouvais m’appuyer intérieurement.
Quand on est autiste, surtout diagnostiqué tard, on grandit souvent sans comprendre pourquoi on se sent à côté, différent, en décalage. Les racines existent, mais elles sont enfouies, mal identifiées, parfois fragilisées par l’incompréhension de l’entourage.
Aujourd’hui, j’ai ce désir très clair : prendre racine pour de vrai.
Occuper ma place.
Ne plus me faire petite pour survivre.
Les fruits absents : une joie longtemps mise de côté
Je voulais dessiner des cerises.
Et j’ai oublié.
Ça me fait sourire, mais symboliquement, c’est très parlant.
Les fruits représentent souvent les réalisations, la joie simple, la capacité à savourer ce qu’on a construit.
Chez moi, la joie a longtemps été secondaire.
Pas parce que je n’en avais pas envie.
Mais parce que la priorité, c’était de tenir debout.
Aujourd’hui, l’envie est là.
Les fruits viendront.
Quand l’arbre se sentira assez en sécurité pour les porter.
Aphantasie et autisme : un arbre en volume, pas en image
Avec l’aphantasie, je ne visualise pas.
Je ne vois pas un arbre avant de le dessiner.
Je ressens des structures, des volumes, des densités.
Mon arbre est donc moins “beau” au sens esthétique, mais plus fidèle à mon monde intérieur.
Il n’est pas fait pour plaire.
Il est fait pour exister.
Et c’est exactement ce que j’apprends à faire dans la vie : ne plus chercher à correspondre à une image attendue, mais exister telle que je suis, avec ma complexité, mes branches tordues, mes feuilles qui reviennent doucement, et mes racines encore en train de s’installer.
Ce que je retiens de ce test de l’arbre
Ce dessin m’a rappelé une chose essentielle : même quand on a l’impression d’être inachevé, brouillon, pas comme il faut, on projette déjà énormément de soi.
Mon arbre dit :
Je suis solide, même si je me suis construite dans la survie.
Je veux du lien, même si ça me coûte.
Ma vitalité revient, même lentement.
Je suis en train de m’ancrer.
Et je me donne enfin le droit de porter des fruits, un jour, sans me cacher.
FAQ – Questions fréquentes sur le test de l’arbre et l’autisme
Le test de l’arbre est-il fiable scientifiquement ?
Non. C’est un outil projectif symbolique, pas un test de diagnostic. Il peut aider à réfléchir sur soi, mais il ne remplace pas un accompagnement professionnel.
Est-ce que le dessin reflète vraiment quelque chose de profond ?
Souvent, oui. Même quand on dessine “vite fait” ou sans y penser, on projette inconsciemment des éléments de son vécu, de ses besoins et de son rapport au monde.
L’aphantasie influence-t-elle le dessin ?
Oui. Quand on ne visualise pas mentalement, on dessine souvent de manière plus structurelle, volumétrique ou conceptuelle. Le résultat est différent, mais pas moins pertinent.
Les autistes dessinent-ils différemment ?
Beaucoup d’autistes ont une perception sensorielle et spatiale particulière. Cela peut se traduire par des dessins plus denses, plus détaillés ou au contraire plus minimalistes, selon le fonctionnement de chacun.
Peut-on refaire le test plus tard ?
Oui, et c’est même intéressant. Comparer deux dessins à différents moments de sa vie peut montrer des évolutions intérieures, des changements d’ancrage ou de rapport à soi.